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Eugène Henri Jean Chaulin
né le 27 août 1889 à Paris (10ème)
Matricule 04796

Caporal au 104e RI

 

 

 

     Eugène Chaulin est le fils de Jean et Joséphine, il fait son service militaire à Paris comme Caporal Secrétaire avant de devenir instituteur en Normandie. Gabrielle Barraud, sa femme d'origine saintongeaise, donne niassance à Jeanine le 19 août 1913.

     Eugène Chaulin est mobilisé le 3 août 1914, à l'âge de 25 ans, dès lors il entreprend l'écriture de son carnet de guerre où il inscrit ses remarques par rapport aux regions qu'il traverse : temps, paysages, noms des villes, accueil de la population civile... Eugène traverse notemment avec son régiment la region de Verdun et ira même jusqu'en Belgique pendant le mois d'août. Un train les rammènera en région parisienne le 5 septembre...

 
 

"Dimanche 6 septembre :

 

Au réveil, nous sommes dans une petite gare à quelque distance de Montereau. Notre train marche toujours à son allure régulière. Nous passons plusieurs stations, entre autres Fontainebleau. Là une infirmière distribue des gâteaux, des cartes postales ; des hommes viennent apporter du tabac aux soldats. Il est alors 2 heures. Nous passons ensuite à Melun. Là, nous croisons un détachement anglais qui cantonne dans la gare. Il y a un grand échange de marques de sympathie entre les soldats des 2 pays. L'uniforme des Anglais se rapproche beaucoup de celui des Allemands. La couleur est seulement un peu plus claire.

Aux différents arrêts, nous trouvons des femmes, des enfants, des soldats qui nous distribuent de l'eau des pommes. Nous croisons beaucoup de trains remplis de voyageurs et de voyageuses, on sent notre approche de Paris, car les uns et les unes font un heureux contraste avec les habitants de la Meuse. Beaucoup de dames charitables apportent des victuailles et des boissons aux blessés. Nous passons à Noisy le Sec et nous débarquons en gare de Pantin vers 10 heures du soir, nous nous mettons en route pour Bobigny pour la direction de Gagny où nous arrivons au petit jour. Nous couchons dans une usine à plâtre où nous reposons un peu car nous sommes bien fatigués. Nous sommes bien contents d'être près de Paris.

 

Lundi 7 septembre :

 

Dès le réveil tardif je vais faire un bon casse-croûte pour me remettre. Nous changeons de cantonnement. Je vois beaucoup de femmes qui viennent voir leur maris ; j'envie bien fort le sort de ces derniers. Enfin, j'ai l'espoir que ce sera bientôt mon tour. Le matin, nous déjeunons au restaurant pour nous changer de l'ordinaire. Je profite de notre matinée de repos pour laver grosso modo mon linge que je fais sécher. Je perds ainsi un mouchoir. Le Caporal Gueslin me prête 10 F car je n'ai plus d'argent. L'accueil des gens est très bon à notre égard. Nous sommes bien fêtés. Dans les restaurants on nous fait cuire les aliments qu'on achète et tout le monde s'empresse à nous servir. On sent un air de sincère affection. Le soir vers 6 heures, l'ordre de départ est donné. Nous montons tous dans des taxis et nous mettons en route vers 6 heures 1/2. Tout le monde est dans les rues, les appels les plus sympathiques nous sont lancés. on sent tous ces cœurs vibrer à l'unisson devant l'approche de l'ennemi. Nous quittons Gagny, nous traversons Ivry, là, c'est le même accueil, les femmes nous apportent des roses, pour ma part j'en reçois une blanche et une rouge. Notre course en taxis se continue marquée par l'incident qui résulte de ce que la colonne se trouve coupée et qu'un taxi va se jeter dans un fossé. Il faut alors ensuite retrouver sa route. Enfin à 1 heure du matin, nous débarquons et allons bivouaquer dans un champ contigu du village de Silly-le-Long (Oise). Ce transport des troupes en taxi était très pittoresque. Grande différence entre ces Français et ceux de la Meuse.

   

 

 

Mardi 8 septembre :

 

Notre réveil a lieu au jour et nous nous réchauffons en préparant un bon quart de café. Il paraît que le pays qui a été occupé par les 10000 Allemands pendant trois jours, est dans un état lamentable. Le champ où nous sommes a été occupé par les Allemands, nous y reconnaissons tout le ravage qu'ils ont fait. Ils ont tué une multitude de poules, de lapins, un porc dont on retrouve toute la peau. On trouve des bouteilles vides en quantité. En me promenant, j'ai trouvé des cartes à jouer allemandes, des cartes postales, une lampe électrique qui ne fonctionnait plus. Vers 10 heures, nous quittons notre bivouac, nous traversons la bourgade où nous constatons tout le pillage, carreaux cassés, portes défoncées, maisons mises sens dessus dessous. Nous prenons alors une direction à travers champs pour nous rapprocher de l'ennemi dans la direction de Nanteuil. Nous renforçons des bataillons de chasseur alpins et servons de soutien d'artillerie. Toute la soirée, les obus éclatent. Les Allemands tirent des bombes sur 2 aéroplanes français. Le soir, nous couchons dans un champ de trèfle ; près de la crête, 2 sentinelles veillent. Nous nous couvrons avec du foin puis dans des tas qui sont dans les champs. Dans ce même champ, à quelques mètres de nous, se trouvent quelques morts français de précédents combats (un caporal et un adjudant). La nuit est fraîche, le temps à l'air de vouloir devenir pluvieux. Tous, toute la journée, nous n'avons touché qu'un peu de pain..."

 

 

     Le Caporal Eugène Chaulin va ensuite parcourir l'Aisne puis l'Oise où il sera blessé le 22 septembre 1914 à proximité de Canny-sur-Matz par un éclat d'obus au haut de la cuisse. Il sera transporté par la suite à l'hôpital militaire de Brest où il sera gagné par la gangraine le 29 septembre avant même que sa femme n'ait le temps de le rejoindre.

     Une déclaration du Journal Officiel du 18 mai 1922 stipule que l'attribution de la Médaille Militaire a été décerné au Caporal Chaulin.

 
 

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Médaille commémorative

  

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